FAKIR









Fakir, ce mot renvoie à 3 significations différentes.


 - Dans les religions islamiques c’est un pauvre, un mendiant religieux, comme il existait autrefois dans la chrétienté des ordres mendiants, vivant dans la nécessité.


 -  Dans la religion hindoue c’est un ascète, vivant dans la gène et la mendicité, mais aussi un saint homme, saint au sens de l’élévation spirituelle, capable de prouesses extraordinaires, magiques, ou d’endurance physique. L’image la plus commune, du Fakir en occident, étant celle d’un homme vêtu d’un pagne, pour tout habit, s’allongeant sur un lit de clous dressés, ou sur un tabouret dont le siège est constitué d’une planche traversée de clous longs et pointus. Sans se blesser et sans ressentir, en apparence, de gène physique. Ni de souffrances.


 - En occident, en tout cas au début du XXe siècle, fakir désigne un personnel de cirque s’exhibant en public dans des exercices, des tours de magie, des prouesses physiques, s’accompagnant d’une prestation de devineur. Fakir de foire correspondait à l’emploi de distributeur public de feuilles d’horoscopes pour le compte d’un tiers.


On trouvait en France habituellement les fakirs dans les cirques itinérants.


Au tournant des années 1930 on les découvre aussi dans des activités respectables de devineurs, avec clientèle attitrée, établis dans des cabinets privés de consultation.


Les fakirs parisiens étaient peu nombreux, mais connus.


Citons-en trois principaux :


                                                                                                                          Le fakir Tahra Bey, venu d’Afrique du Nord, installé en 1922. Dont voici le logo publicitaire énigmatique.











Le Fakir de Bénarès (d’origine hindoue), décrit par le poète André Salmon dans le premier article du genre qui deviendra un marronnier de la presse « voyage chez les voyantes ». Ou enquête annuelle des journalistes dans le milieu de l’astrologie et de la voyance (1931). Dessin d'André Salmon
















Le Fakir Birman de Paris, arrivé le 15 janvier 1932.


Le mot fakir avait dans le public un pouvoir attractif qu’il a depuis perdu. A la fin des années 1970, début des années 1980, les derniers fakirs que l’on rencontrait encore à la Fête des Loges en banlieue parisienne, à partir du mois de juin, avaient la forme de petits automates de métal, enfermés dans des boites en verre, que l’on actionnait en insérant une pièce de monnaie, afin de recevoir un lot de tirage. Ou un papier prédisant la bonne aventure. Cette attraction a depuis disparu des manèges, et des fêtes foraines, au passage de l’an 2000.


Au cours des années 1920 et 1930 les fakirs défrayèrent la presse en se livrant à des démonstrations publiques d’endurance particulièrement dangereuses. Ainsi en Italie le 05 décembre 1925 le Fakir Manetti se faisait enfermer dans une double caisse en zinc, sans respirer, en pseudo catalepsie, et conduire en avion de Milan à Florence, pour l’ouverture de sa bière devant le public attendu à l’aéroport.


L’intransigeant du 1er juillet 1937, rapportait en Une, qu’en Inde, le Fakir d’Ipi, meneur d’une rébellion, transformait les bombes anglaises en prospectus, sous le titre « le miracle du fakir d’Ipi ». En se prétendant immunisé contre les balles anglaises. Un hindou interrogé répondit : "il y a trop de fakirs. Moi, hindou, il n’y a rien dont je me méfie davantage que d’un homme qui se dit « fakir ». Il y en a trop vous comprenez. Les vrais sont des êtres d’une infinie sagesse, et d’une trop grande philosophie pour se mêler à la vie active de nos jours. »



Lorsqu’il débuta son activité à Paris, le Fakir Birman se donna lui aussi en spectacle, en février 1932, se laissant enfermer sur la scène de la Salle Wagram dans une cage en compagnie de rats affamés. Puis ensuite en se faisant crucifier. Il raconta, dans ses Mémoires, avoir souffert le martyre pendant plus de 15 jours après l’extraction des clous de ses chairs, causé par des douleurs insoutenables.



Par le choix de son costume, le Fakir Birman imitait le célèbre colonel anglais Lawrence autrefois actif en Arabie (mort le 20 mai 1935).




La recherche du spectaculaire suscita des réactions, notamment la publication d’un livre intitulé « Fakirs, fumistes et compagnie » mettant en doute la réalité de ces exercices. Son auteur Paul Heuzé initiait une démarche de sceptique.


Voyant poindre un danger susceptible de nuire à l’image des fakirs en général, ainsi qu’à la prospérité de son activité, en particulier, Tahra Bey, se prétendant diffamé,  engagea une action judiciaire, devant la première chambre civile du tgi de Paris,  contre l’auteur de cet ouvrage paru en 1929. En réclamant 500 000 frs de l’époque de dommages et intérêts. L’avocat du fakir Tahra Bey, Me Idzkowsky, plaida le fait qu’il était « inadmissible de dénigrer systématiquement un métier aussi honorable qu’un autre ». La juridiction le débouta de sa demande le 6 juin 1931. Au motif de la prescription de son action, engagée 3 ans après la date de publication (la loi sur la presse de 1881 intéresse aussi le livre, notamment le court délai pour agir de 3 mois).


Il serait abusif de soutenir qu’avant la seconde guerre mondiale tous les astrologues étaient fakirs, et tous les fakirs astrologues. Ils représentaient le mode d’exercice de cette activité sous une de ses formes la plus populaire, celle du cirque. A l’exception des «intellectuels", les professionnels non fakir publiaient des annonces dans la presse, à la rubrique « somnambules » depuis le 5 décembre 1905, appelé Sciences occultes en 1930, deux fois par semaine, en faisant figurer leurs « spécialités » : voyance, tarots, tarots bohémiens selon le rite, lignes de la main, tâches d’encre,  médium, tapis astral, cartomancie, chiromancie, conseillers spirituels en conseils de l’au-delà, ainsi qu’il résulte des indications relevées dans les textes parus. Figuraient aussi des réclames émanant de prétendus «astrologues scientifiques» formés par Paul Choisnard.


On observera qu’en France les fakirs n’ont jamais fait de miracles. Y compris les authentiques, ou prétendus tels, qui venaient de l'Inde. Ils pratiquaient déjà le védique, ainsi qu’André Salmon le rapporte en détails dans son compte rendu de visite au célèbre Fakir de Bénarès « le voici qui dessine une sorte de pentacle rectangulaire, divisé en je ne sais combien de petits carrés meublés de traits cursifs… » Une pratique « redécouverte » en France dans les années 1980 avec le mouvement hippy, la consommation d’hallucinogènes, et de marijuana pour accompagner le retour du karma. Astrologie du karma dans lequel Irène Andrieu s’est spécialisée, sans les herbes.


André Salmon, en conclusion de sa visite au Fakir du mysticisme, écrivait en août 1931 « que l’on ne pouvait sans danger pour sa santé spirituelle » s’accommoder du karmique, et que « l’on y perdrait de sa conscience et de son être moral ».


Lorsque l’on observe les dégâts, au début du XXIe siècle, par la mainmise du faux spirituel karmique, prétendant éveiller les consciences et semer dans la nouvelle terre, on en déduit que l’astrologie, contaminée par un mysticisme frelaté, s’est muée en mystification pure et simple. Le mauvais héritage du fakirisme. André Salmon voyait juste en 1931.








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