somnambule, petits métiers, bonne aventure, deviner, devineresse,





Ces drôles de somnambules





du début des années 1900



mots cles, keywords :somnambules, annonces presse,petites annonces, voyance, petits métiers, bonne aventure


Comment un genre dans le traitement de l'information, et son mode de diffusion, catégorise une profession, ou une activité en désignant ses prestataires. Histoire de la petite annonce de la bonne aventure au début du XXe siècle, dans le support du plus fort tirage mondial de l'époque.  



par Gauthier de Bruges, Passage de l'Étoile



Le 5 décembre 1905 une nouvelle rubrique faisait son apparition dans la dernière page de l'édition du mardi, d'un grand quotidien populaire parisien. Le principal journal de la IIIe République, tirant à cette époque, quotidiennement, à 1 million d'exemplaires. Le plus fort tirage de la presse mondiale, et c'était vrai! La page des annonces est la dernière, la page 6, et elle occupe en général la moitié de la feuille. Un format n'ayant rien à voir à le tabloid actuel ayant cours dans la presse, bien supérieur en surface. L'intitulé en lui même énigmatique est destiné aux propositions des Somnambules.


Rapidement on se rend compte que cette désignation correspond à une catégorie de convenance,comme souvent dans la Presse, afin de se mettre à l'abri de la loi. Diable, et pour quelle raison? Puisque le somnambulisme caractérise un trouble du sommeil, une forme maladive, avec des manifestations ahurissantes de lever du lit, de marche, de comportement hébété. L'image populaire représentant le somnambule les bras tendus devant lui.


On comprend mal la nécessité de payer 2 Frs de l'époque la ligne de 30 lettres, pour les quatre premières lignes. Soit une insertion minimum de 2 lignes pour 4 francs, pour qu'une annonce paraisse à propos des marcheurs endormis dans leurs sommeils gromelant des borborigmes.


En réalité, cette rubrique nouvelle que l'on ne trouvait nulle part avant dans ce support, sert à désigner les professionnels de la voyance, les liseuses dans les lignes de la main, les astrologues, et les charlatans de tout poil faisant profession de dire la bonne aventure contre rémunération.  


Ainsi, comme l'explicite le quart de colonne réservé au tarif, n'étaient reçues, et publiées, à cette époque, qu'un nombre limité de propositions au public. Le genre étant régi par les dispositions de la loi sur la Presse de 1881. Le propriétaire du journal, son Directeur de Publication, s'exposait aux poursuites si ses encarts attiraient l'attention sur l'occasion, ou l'incitation, à commettre un délit.



Tarif des annonces du Petit Parisien en 1905


Or en France, depuis l'Edit royal de juillet 1682, de Louis XIV, enregistré le 31 août, interdisant les métiers attachés à prédire, et les réprimant par le bannissement et l'expulsion du royaume,et les bohémiens aux galères, les régimes politiques successifs conservèrent ce texte, l'augmentèrent, modifiant le quantum de la peine de sentence à appliquer à l'encontre des contrevenants, incarcération comprise. En 1905 exercer le métier de devineresse, quel qu'en soit le moyen, cartes, encre, astres, graphologie, exposait à une amende, à la saisie de son matériel, et à la prison en cas de récidive. Ce n'est qu'à la fin du XXe siècle, lors du premier septennat de François Mitterrand que le Président donna des instructions afin que cette répression disparaisse du code pénal définitivement. Ce qui advint en partie dès 1986, et fut poursuivie avec la réforme Balladur du droit pénal et de la procédure pénale, sous son second mandat en 1992. Depuis, cette abrogation les professionnels de la bonne aventure sont au régime du droit commun, comme n'importe quel justiciable. Deviner, et en faire le métier, n'est plus une incrimination particulière, ou spéciale.


Alors que le Préfet de Police, sur ordre du ministre, pouvait agir à tout moment contre les contrevenants,à discrétion, les premières annonces paraissaient, avec le détail des prestations. On relève ainsi que les spécialités hindous se pratiquaient déjà, et que le karmique, avec Mme Flaubert fleurissait dans les pages des quotidiens, de ses propositions exotiques. Mme de Faria faisait les lignes de la main, les cartes, et vous tirait une réussite. Quand à Mme Mira, elle exerçait l'astrologie avec des parfums de 2h à 5h. Que faisait-elle après? Mystère et boule de gomme, depuis que l'on sait ce que sont devenus les 5 à 7. Déjà le genre "gratuit" apparaissait lui aussi notamment proposé par Mme Mira.


Début de colonne des annonces du 23 janvier 1906



Les années suivantes la rubrique changera de nom, pour s'appeler "Sciences Occultes". Une désignation expliquant en partie la rémanence de ces deux mots dans l'esprit du public jusqu'à nos jours. Toutefois le terme Somnambule continua, en tout cas jusque sous l'occupation, à servir de référence à l'activité de voyance, ou de prédiction de l'avenir, puisque l'on trouve en 1941, un article de presse relatant les poursuites engagées par un juge d'instruction, contre une adolescente de 16 ans, atteinte selon la relation qui en est faite, des symptomes de ce trouble, accompagnés d'une activité de voyance, en province, à Saint Hilaire des Loges, dans les Deux Sèvres un 13 mai. Soignée sans succès par un médecin, admise à l'hôpital de Niort en 1940, puis ensuite 3 semaines à l'asile psychiatrique, elle revint chez sa mère et ses crises reprenaient de plus belle. Selon ce que rapporte la Presse, elle prédisait dans ses crises des "choses qui se réalisaient presque toujours".C'est dans ces conditions que Mlle Marie Guillemoteau se fit verbaliser par les gendarmes pour "deviner et pronostiquer" et que le juge d'instruction Lombard la renvoya devant le tribunal de simple police. On ignore ce que devint ensuite cette jeune voyante de 16 ans.


C'est donc ainsi, pour des raisons de convenance sociale, et afin  de s'accomoder avec la loi, qu'apparut dans le langage populaire l'expression de somnambule, pour désigner les diseurs de bonne aventure en général, suite à une invention de Presse. Où l'art et la façon de gagner de l'argent en publiant une information. A paris ces annonces ne paraissaient exclusivement que le mardi. Les jeudi et samedi, jours ordinaires des petites annonces, on n'y trouvait aucun somnambule. Les temps depuis ont changé.


Pour fixer les idées, et donner un ordre de grandeur, le journal se vendait 5 centimes. Une annonce de 2 frs correspondait alors aux prix de 40 journaux. Il serait intéressant de connaître la fortune de cette désignation hors de la France à l'époque et après, en Belgique, en Suisse et ailleurs en Europe.


GDB

02/13






Bientôt

La triste condition des fakirs de foire











®

"diffusion en matière juridique de renseignements et informations à caractère documentaire

en application de l'article 66-1 de la loi du 31/12/1971 reproduction interdite"

Une - Actualités-Editeur -AstroDiko - Astrosofie - Blog -Culture - Magazine - Legalis - Mystifications - Société


            Médiation Extra Judiciaire  Droits intellectuels Engagement consommateur   Argumentaires

                         

                                       ©2017-2003 Tous Droits Réservés www.astroemail.com  ISSN 2267-2702