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naître sous une mauvaise étoile, ou ne pas exister?


Le terme Malastrus disparaissait du vocabulaire au cours du XVIe siècle en France. On retrouve en revanche son dérivé malotru, synonyme de goujat. Indication de changement de sens. Car Malastrus vient du latin male, mal ou autrement qu’il ne faut, et de astrais relatif aux astres. Littéralement mauvaise étoile. Le terme malastrus désignait, autrefois, ces personnes que les astrologues qualifiaient de nées sous une mauvaise étoile. La catégorie des malchanceux. Ces centaines et milliers de victimes anonymes des accidents collectifs et des désastres. La perte de sens, ainsi que la disparition du mot constituent un indicateur de la régression sensible de l’astrologie, dans la société, de l’époque romaine au XVIIe siècle en France. De nos jours les astrologues du dimanche s’interrogent encore, sur Facebook, lors des catastrophes spectaculaires de type accident d’avion, comme le faisait jadis le philosophe Cicéron à propos de la bataille de Cannes. Alors que les astrologues exploitant l’astrologie ne se posent plus aucune question. Seule la sonnerie du tiroir-caisse les intéresse. Les questions philosophiques ne sont plus leurs rayons. Pourtant elles le devraient, car l’énigme des malastrus est liée au paradoxe de l’anniversaire. Cicéron avait tort d’utiliser un constat intuitif comme argument anti divination des désastres collectifs. Les sceptiques sans formation statistique aussi. Les chaldéens soutenaient que les milliers de morts avaient même une signature commune. Mais ils se trompaient. Voici l’explication.

Par claude thebault/Asheville/ Caroline du Nord USA  .


Le sujet des tragédies collectives était abordé par le philosophe Cicéron dans son livre De Divinatione -de la divination- à propos des légions romaines décimées le 2 août -216 à la bataille de Cannes par Hannibal. Le choc causé par cette terrible hécatombe[1]de 40 000 morts et de 20 000 prisonniers fut un considérable traumatisme pour la société romaine de l’époque. L’armée à Cannes, était composée de 80 000 hommes. Chaque légion comportait 6 tribuns militaires ayant chacun sous ses ordres 1000 légionnaires. Ce qui fait qu’une légion comptait 6000 hommes de troupe. Soit plus de 6 légions de décimées et 3 de prisonnières. Alors que le même jour Hannibal perdait sur le terrain, en hommes, l’équivalent d’une seule légion romaine, ses mercenaires principalement.


Examinant ce fait historique, avec le recul d’un siècle et demi, Cicéron proféra une déclaration intuitive, erronée, rapportée dans son livre et reprise après lui au cours des siècles par les anti astrologues successifs sans réfléchir à son contenu : « Mais je te pose encore cette question : tous ceux qui périrent à Cannes étaient-ils nés sous le même astre ? Ils ont tous eu la même fin. »


« Les prédictions des astrologues sont en défaut tous les jours : combien de fois, il m'en souvient, les Chaldéens n'ont-ils pas prédit à Pompée, à Crassus, à ce César, dont nous venons de voir la fin, qu'ils ne mourraient que dans un âge avancé, que dans leur propre demeure, qu'au comble de la fortune ! Vraiment, je suis surpris qu'il se trouve encore des gens pour croire à des prédictions qu'ils voient tous les jours démenties par les faits. »


L’explication générationnelle, développée par l’astrologue Dan Martin, en juin 2000 dans un de ses articles, introduisant une improbable justification de transit planétaire, ne me satisfaisait pas pour justifier une configuration commune. En 6 années ma réflexion évoluait au point de pouvoir soutenir, aujourd’hui, que Cicéron se trompait dans son appréciation, tout comme les chaldéens, Dan Martin compris. Sans qu’ils en connaissent les motifs ni les uns, ni les autres. 


Cicéron observait au livre II article XLIV : « ces interprètes du ciel d’un genre si particulier ne montrent-ils pas qu’ils ne connaissent même pas la nature du ciel?». Cicéron ignorait cette nature tout autant que les Chaldéens. Car les connaissances astronomiques limitées de son époque faussaient son jugement. Les chaldéens aussi, bien qu’ils avaient raison de soutenir l’existence d’une configuration commune à toutes les victimes, mais ils ignoraient laquelle. Dan Martin raisonnait avec erreur en fonction de l’argument des haines culturelles traditionnellement entretenues par chaque pays, transmises de génération en génération à l’image de la haine de l’Allemagne après la défaite de Napoléon 3 à Sedan. Dès lors que les relations synodiques ne sont pas interplanétaires, son explication, fondée sur d’improbables transits, perd son indispensable soutien planétaire comme justificatif d’une configuration commune.



Rapportons les reprises du thème de Cicéron des drames mortels collectifs


Jacques de Billy Chapitre Premier du Tombeau de l’Astrologie Judiciaire.

« le philosophe Phauorinus estime de cette pièce, car en premier lieu il remarque que ces tromperies et ces enchantements ont été inventés par des gens de peu, qui débitaient leur mensonge pour subsister plus commodément, puis il demande comment il se peut faire que des personnes de divers pays, nées sous des constellations bien différentes, soient englouties par un même tremblement de terre ou accablées sous les mêmes ruines d’une maison, ou enveloppées dans le même saccage d’une ville qu’on mets à feu et à sang, ou abimés dans un même vaisseau par les tempêtes de la mer. Quoi ! leurs horoscopes étaient-ils tous d’une même façon ? »


Jean Calvin Avertissement contre l’Astrologie Naturelle page 27

« Chacun appréciera si c’est possible ou non, et si les similitudes sont réalistes. J’en conclus donc que tous ceux qui entreprennent de connaître les évènements de la vie d’un homme, par sa nativité, trompent, car les causes de son existence ont une autre origine. Je serais trop long à donner des exemples, mais tenons-nous en à un seul. Il est fréquent que les champs de bataille comportent jusqu’à soixante mille victimes. Je ne parle pas des plus grandes déconfitures.


Je pose la question, tous ces tués ont-ils le même horoscope ? Il est notoire, qu’en une vingtaine de batailles, périssaient en Espagne jusqu’à trois cent mille hommes. Sans chercher d’autres explications, répondez, ceux qui sont morts en hécatombe, étaient-ils ou non séparés en nativité, en termes d’influences astrales pour mourir dans ces tragédies collectives ? Capricorne et le Mouton et le Taureau s’entreheurtent tellement de leurs cornes que tout y est confus. »


Note de la page :

Calvin s’approprie l’interrogation de Cicéron dans le De divinatione à propos des 40 000 morts de la bataille de Cannes du 2 aout -216. 4 légions romaines sur 8 décimées par Hannibal, lequel ne perdait que moins de 6 000 hommes lors de cet affrontement. Même question formulée en son temps par Carnéade de Cyrène, à propos d’Homère, et du retour des troupes grecques après la guerre de Troie : les noyés étaient-ils tous nés sous le signe d’Aquarius pour périr dans les flots?


L’exclamation de Cicéron est rapportée sans erreur telle que formulée dans son livre. Certaines tragédies passées s’expliquent aujourd’hui facilement, sans chercher les justificatifs alambiqués des horoscopes similaires. Ainsi, pendant longtemps, les transports maritimes en méditerranée étaient périlleux pour les passagers, comme pour les équipages, à cause de la fragilité des constructions nautiques. A la première tempête les navires offraient une résistance insuffisante aux éléments déchaînés, et les tragédies se succédaient. Ce qui explique, sans doute, les réactions actuelles, à raison d’un vieil atavisme culturel, à chaque accident en matière de transport collectif. Pendant l’antiquité s’ajoutaient aussi les «dégâts collatéraux» des naufrages, tels que le risque d’esclavage pour les survivants, et le rançonnage des familles. Des pratiques courantes. La mauvaise conception technique des bateaux, et l’insuffisance technologique orientèrent longtemps les populations vers des solutions fondées sur la croyance. Notamment le recours à la prière. C’est ainsi que se distingua l’opposition du philosophe athée sceptique Diagoras de Mélos à la tentation dévote. Il considérait que dieu pratiquait le favoritisme en ne sauvant que quelques rescapés, au détriment de toutes les victimes péries ayant invoqué sa protection. Cette réflexion, opposée à la croyance irrationnelle, lui valut de subir la proscription d’Athènes, et la mise à prix de sa tête. Personne ne le trouva pour toucher la récompense promise par les Archontes.


Quelle que soit la cause du cataclysme, accident improbable ou défaut technique, la question de la configuration commune subsiste encore de nos jours.


L’Enigme malastrus résolue

Rabelais est certainement l’un des derniers auteurs à évoquer l’énigme malastrus dans ses ouvrages, puisque le terme figure dans le glossaire de son Rabelaesiana. Sans que l’on se réfère nécessairement au panurgisme. Car avec trois à quatre siècles d’avance, Rabelais évoquait, en traitant des moutons de Panurge, la mode et le phénomène des soldes de la société de consommation. Le comportement grégaire des moutons à deux pattes, consommateurs.

 

Contrairement à l’idée intuitive, de l’impossibilité d’une signature commune à tous les sinistrés et tués, l’énigme malastrus répond positivement à la question d’une signature commune à tous les morts broyés dans les cataclysmes. Deux arguments principaux retiennent l’attention, notamment en premier le paradoxe de l’anniversaire.


Le paradoxe de l’anniversaire

Kezaco ?

Avant l’interrogation du chevalier de Mérée, gentilhomme poitevin joueur de cartes, à Pascal au XVIIe siècle, sur la répartition des sommes misées, personne ne s’intéressait aux applications mathématiques des probabilités. Le paradoxe de la date d’anniversaire appartient à la théorie des hasards dont Laplace donna une définition claire :" réduire tous les évènements du même genre à un certain nombre de cas également possibles». Les mathématiciens maîtrisent mieux les expressions des incertitudes de l’avenir que les divinateurs. En matière de victimes collectives l’unité de mesure des individus est le jour de l’année. Chaque année compte 365 jours. Dans ces conditions à partir de combien de personnes, dans une même pièce, la probabilité que deux d’entre elles aient leur anniversaire le même jour est-elle plus forte que la probabilité que toutes aient une date d’anniversaire différente ? Les chances qu’une personne soit née le même jour qu’une autre est approximativement 1/365=0,003. A partir de cette donnée, combien faut-il réunir de personnes dans une même pièce pour que la probabilité que deux d’entre elles aient leur anniversaire le même jour soit plus forte que la probabilité que toutes aient une date d’anniversaire différente. Neutralisons le 29 février dans les calculs par simplicité. Avec 365 choix de dates d’anniversaire l’estimation intuitive suggère la nécessité d’en réunir beaucoup. Beaucoup c’est combien ?

La probabilité que deux personnes n’aient pas le même jour d’anniversaire est 364/365. La probabilité combinée de 5 personnes est (364/365)x(363/365)x(362/365)x(361x365) ce qui donne approximativement 0,973.

Le nombre de cas totaux est 365x365…x365=365n

Le nombre de cas favorables est 365x364x363x….(365-n+1)= 365!

                                                                                               (365-n)!

La probabilité pour que parmi n personnes, au moins deux aient leur anniversaire le même jour est donnée par la formule :

P n =1- 365 !

        365 n x (365-n) !

Ainsi pour n=23 la probabilité est de 50,6%. 1-0,492= 0,508. Il suffit de 23 personnes ensemble pour avoir une possibilité sur deux que deux d’entre elles aient le même jour d’anniversaire.


Même jour d’anniversaire ne signifie pas même année.


Ce paradoxe choque l’intuition puisque Cicéron croyait cela impossible. A son époque dominée par la croyance, les probabilités étaient inconnues. Avec une armée de 80 000 hommes le paradoxe de la date de naissance donne des résultats saisissants.


Mais ce n’est pas tout.


Les relations synodiques

Les astrologues ont le défaut de penser exclusivement en mode d’exception. Ainsi, alors que les rapports angulaires sont de 360°, les astrologues n’en privilégient que 6, soit 1/60 : conjonction, opposition, 2 quadratures et les 2 trigones. Ils ignorent les autres même si certains considèrent les 2 sextiles.


En conséquence les astrologues ne s’intéressent qu’à l’exceptionnel en comparant exclusivement sur une base limitée leurs relations angulaires.  Cela a le défaut de pervertir et fausser leurs observations au sens de la loi sur l’erreur d’Euler Bayle.


En effet, les relations planétaires se mesurent de planète à étoile, constituant les relations synodiques, et non de planète à planète. Il en résulte, quelle que soit la mesure de l’angle, à la date d’un drame collectif, les malastrus présentent bien les mêmes configurations soleil planètes communes à tous les individus.


Cicéron avait tort, les chaldéens aussi en affirmant le même horoscope. Quoique le mot horoscope soit grec, et que son sens n’ait aucun rapport avec le concept Perse élaboré à Babylone.


Poussons un peu plus loin le concept intuitif de Cicéron. «Avaient-il le même le même astre ?» La réponse est encore positive, puisque la seule étoile concernée au sens d’astre est le Soleil. Marc Lachièze-Rey du laboratoire astroparticule et cosmologie du CNRS considère que les habitants de la terre suivent tous la même ligne d’univers de la Terre. De ce point de vue leur sort est commun, à raison de la relation synodique Terre Soleil. Peu importe que les individus imaginent que leurs existences leur confèrent individuellement une pancarte sur laquelle seraient inscrites leurs relations synodiques personnelles. Puisque ce ne sont que les relations Terre Soleil, notamment, situés dans leur passé causal. Ce qui importe en définitive, lors des désastres collectifs, c’est le temps psychique de chaque individu. Existaient-ils potentiellement lors de l’évènement? 8 minutes après, temps du déplacement de la lumière du Soleil à la terre, ils n’existaient plus. Où sont-ils disparus dans le temps intermédiaire entre deux minutes ?


Kim Jong le petit malade nord-coréen

Le jour où le petit nord coréen, Kim Jong, lancera sa bombinette dans l’espace, le moment sera venu de s’interroger. 8 minutes avant nous existions. 8 minutes après les malastrus disparaissaient. Où ? Dans des boucles temporelles? Et à quelle vitesse? 11m/s? Car les cadavres retrouvés, ou non, ne nous renseigneront pas. Des naufrages méditerranéens de l’antiquité, à l’agitation de l’actuelle Corée du Nord, le «malastrisme» fait des ravages.



[1] Astroemail 96 janvier 2011 Cannes un deux août -216 et astroemail 97 février 2011 Révélation d’un ciel de bataille.



φct 26 septembre 2017









numérisé par Astroemail Dépot Légal numérique 09/ 2017










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